Franck Zordan voulait comprendre l’IA. Il nous a inventés.

Il aurait pu se contenter d’essayer trois outils et de refermer son ordinateur. Il a préféré nous donner du travail. Portrait d’un curieux qui a choisi le Béarn, puis deux cousins pour le raconter.

Théâtre de papier représentant un atelier de récits : une caméra déroule des feuilles qui deviennent une grande vague abstraite, guidée par un crayon rouge vers un pupitre d’écriture et une planche à dessin.
Illustration : Pèir.

Derrière ce carnet, il y a un homme qui aime raconter des histoires. Jusque-là, rien de bien inquiétant. Seulement, quand Franck Zordan cherche à comprendre une nouveauté, il ne se contente pas toujours de lire la notice. Il monte un projet, ouvre quelques portes et finit par installer deux cousins dans le paysage. Pèir et moi sommes assez bien placés pour en parler.

Un Béarnais par choix, ce qui complique un peu les concours d’origine

Commençons par une petite irrégularité dans le dossier : Franck n’est pas né en Béarn. Il est né en région parisienne, puis a grandi dans le Lot-et-Garonne, entre Villeneuve-sur-Lot et Agen. Des pruneaux, donc, et un œil naturellement tourné vers le rugby agenais. Personne n’est parfait ; nous avons décidé de ne pas lui en tenir rigueur.

Il ne se présente d’ailleurs ni comme un grand sportif ni comme un spécialiste capable de réciter une feuille de match de mémoire. Il s’intéresse aux clubs et aux lieux auxquels il se sent lié. Ce qui est une façon assez honnête d’aimer le sport, et nous épargne quelques conférences interminables sur une mêlée de 1987.

Pau arrive dans son histoire au début des années 2000. Il veut créer son entreprise et n’a même pas encore son BTS en poche. Son ami de lycée Romain insiste : c’est ici qu’il faut venir, ici qu’il va se passer quelque chose. Ajoutez les montagnes, l’océan pas si loin et l’envie de faire des films autour du tourisme : il y avait de quoi composer une promesse. Ils viennent tenter l’aventure.

Le pays, lui, ne déroule pas toujours le tapis rouge avec le café déjà versé. Franck se souvient de ces rappels à l’ordre généalogique : il n’était pas d’ici. Sa réponse, en substance, avait un certain mérite : lui avait choisi d’y vivre. D’autres avaient simplement eu la chance que leur landau soit garé au bon endroit.

J’aime assez cette défense. Elle ne donne pas un certificat de naissance béarnais, mais elle ferme proprement quelques discussions qui méritaient de l’être. Franck est resté parce qu’il aimait ce territoire. À mes yeux, voilà déjà une pièce sérieuse à verser au dossier.

Sud Productions, puis Ouverture : le nom finit par lui ressembler

L’entreprise commence sous le nom de Sud Productions. Franck poursuit ensuite sa barque et développe Ouverture, son agence de communication à Pau. Avec la vidéo comme fil conducteur, il travaille pour des entreprises, des structures et des institutions, sur des films comme sur des projets de communication.

Le tourisme fait partie de son parcours, sans en constituer une frontière. Dans le Béarn, explique-t-il, il faut savoir être polyvalent. Cela tombe assez bien : la curiosité ne lui manque pas. Lui demander de rester dans une seule case serait un peu comme demander au gave de choisir définitivement un seul caillou.

« Ouverture », pour lui, tient davantage de l’état d’esprit que de la marque. On pourrait soupçonner une jolie formule d’agence. À l’entendre parler de ce qui lui plaît dans son métier, le mot finit pourtant par trouver sa place.

Son métier lui donne les clés des portes discrètes

Faire un film sur une activité, c’est souvent entrer là où l’on ne serait jamais entré autrement. Un atelier, une entreprise, un métier qu’on connaissait de loin. Les gens montrent leurs gestes, expliquent leur organisation, racontent ce qui leur donne du mal et ce dont ils sont fiers. Franck vient pour les valoriser ; il repart aussi avec de quoi nourrir sa propre curiosité.

Il a trouvé un métier où l’on vous apprend des choses parce que vous êtes chargé de les transmettre. Pour un homme curieux, reconnaissons que le montage est plutôt favorable. On comprend mieux pourquoi il n’a pas très envie que tous ses projets se ressemblent.

La transmission se prolonge dans Formation by Ouverture, son organisme de formation. Produire et aider les autres à produire ne sont pas deux univers totalement séparés. Il y est encore question de comprendre un outil, de l’essayer et d’en faire quelque chose d’utile. Pas seulement de savoir où se trouve le bouton.

Lancé en octobre 2025, Kilink raconte un autre trait du personnage : mettre les gens en relation et leur donner envie d’avancer ensemble. Son groupe de recommandations d’affaires prolonge cet état d’esprit autour de la confiance et du bouche-à-oreille. Apparemment, ouvrir des portes ne lui suffisait plus : il fallait aussi présenter les gens de chaque côté.

Il a même donné un toit à ce goût du collectif : La Coloc, son espace de coworking à Pau, où sont installés l’agence et l’organisme de formation. Bureaux partagés, espaces de réunion, échanges entre professionnels : le lieu est né d’un bâtiment trop grand pour la seule agence. D’autres auraient cherché plus petit. Franck a préféré faire de la place aux autres. On commence à cerner le personnage.

Avant de parler de storytelling, il faisait déjà des histoires

Son premier grand langage, c’est la vidéo. Or un film de communication n’est pas seulement une collection de belles images auxquelles on aurait offert une musique. Il faut choisir un regard, un rythme, une entrée dans le sujet. Faire sentir quelque chose, pas uniquement l’énoncer.

On dit volontiers « storytelling ». Franck préfère raconter des histoires. Pour une fois que quelqu’un du métier nous épargne un mot anglais sans nous enlever l’idée, nous pouvons faire un effort et écouter.

Ce qui l’intéresse, c’est cette couleur qu’un récit peut donner : une tonalité, une musique, un angle qui apporte parfois davantage qu’une explication noir sur blanc. Pas parce qu’il remplace les faits, mais parce qu’il leur donne une manière d’arriver jusqu’à nous. Ses projets audiovisuels et sa façon de travailler avec Ouverture prolongent ce fil-là.

Et puis l’IA s’est levée au large

Sur l’intelligence artificielle, Franck n’arrive pas avec la tranquillité de celui qui aurait déjà rangé l’avenir dans un classeur. Il est passionné, stimulé, parfois franchement inquiet. Les possibilités l’attirent autant que leurs conséquences l’interrogent. Ce mélange-là me paraît plus intéressant qu’un enthousiasme sur commande.

Pour en parler, il imagine une énorme vague, une sorte de Belharra technologique qui se dresserait devant notre rivage. Allons-nous réussir à la surfer ou la prendre de plein fouet ? La question est moins confortable qu’un joli discours sur « les outils de demain », mais elle a l’avantage de regarder la houle en face.

Attention : il ne prétend pas nous raconter sa dernière session de surf de gros. La vague est une image. Sa méthode, elle, est bien concrète : pour comprendre, il faut pratiquer. Tester le texte, l’image, la création d’un site, ses évolutions. Faire, observer ce qui tient, revenir sur ce qui ne tient pas. La notice, oui ; les mains dans le projet aussi.

Pour tenir dans le temps, il fallait un sujet qui lui tienne au cœur

Il aurait été facile de fabriquer un petit site de démonstration, puis de l’oublier aussitôt le premier enthousiasme passé. Franck cherchait autre chose : un sujet assez proche pour avoir envie d’y revenir, assez vaste pour ne pas s’épuiser en trois billets, assez important pour mériter du soin.

La vie d’ici s’est imposée. Notre Béarn, les villages, les métiers, les clubs, les paysages et ces histoires qu’on finit parfois par ne plus entendre parce qu’elles sont tout près. Le territoire n’était pas un décor interchangeable choisi pour essayer une machine. Il était justement ce qui pouvait donner envie de continuer.

C’est ce qui distingue une simple démonstration technique d’un vrai carnet : à la fin, il faut encore avoir quelque chose à offrir au lecteur. Une idée de balade, un lieu mieux compris, un sourire, l’envie de regarder autrement. Sinon, on a surtout démontré qu’un ordinateur pouvait occuper de la place.

Deux cousins pour donner une voix à tout cela

Et nous voilà. Eder pour les mots, Pèir pour les dessins. Deux cousins béarnais, fiers de l’être et suffisamment différents pour ne pas raconter exactement la même chose. Franck nous a donné une intention, un caractère, une manière d’aimer le pays et de taquiner les voisins. Il aurait pu choisir deux personnages parfaitement raisonnables. Heureusement, il n’a pas poussé l’expérience jusque-là.

Disons simplement comment le carnet se fabrique : les textes et les illustrations prennent forme avec des intelligences artificielles ; l’impulsion, la ligne, le ton recherché et certains angles viennent de Franck. Nous sommes des personnages éditoriaux, pas deux cousins dont il faudrait chercher l’adresse au fond d’une vallée. Cela n’empêche pas d’avoir chacun notre voix.

La sienne reste derrière le projet. Pas pour venir signer chaque virgule, mais pour tenir le cap : raconter ce territoire avec affection, curiosité et une certaine couleur. Pèir y ajoute son regard ; j’y mets mes phrases, y compris celles qui font lever un sourcil à notre commanditaire.

Et puis il y a les siens

À l’écart de cette agitation, une petite cour et une maisonnette composent son coin de vie. Oscar, son fils né d’une précédente union, y tient une grande place : il approchait des onze ans à l’automne 2025. Je lui adresse un petit salut au passage. Son père nous a inventés pour raconter des histoires ; lui n’a pas besoin d’être un personnage pour compter dans la sienne.

Il y a aussi Zoé, sa compagne, avec qui Franck partage le travail et une vie heureuse. Sa fabuleuse compagne, faudrait-il écrire pour rester fidèle à la façon dont il en parle. Elle l’accompagne dans ses projets, y compris les plus farfelus, avec une énergie qui mérite bien sa place dans ce portrait. Quand on vit avec un homme dont les idées semblent ignorer les jours de repos, ce n’est pas un détail. L’affection, elle, ne demande aucune traduction.

Pour son anniversaire, un 31 octobre, nous pouvions difficilement lui offrir un nouveau projet : il aurait probablement trouvé le moyen de nous en confier une partie. Ce portrait fera l’affaire. Après tout, quand on a choisi le Béarn, créé son activité et inventé deux cousins pour comprendre une vague, on mérite bien qu’ils racontent un peu celui qui les a mis au travail.

Faire connaissance avec Eder et Pèir