Sport | Le Classico
Pau bat Limoges : à jamais les premiers, mais ce soir derrière
L’Élan Béarnais a remporté le Classico 85–81 au Palais des Sports, ce dimanche 25 octobre. Une victoire à savourer, une vieille rivalité à raconter et un bus limougeaud dont la devise mérite qu’on s’y arrête avant de le laisser repartir.
Sur la photo que Franck m’a transmise avant le match, le bus de Limoges présente ses belles couleurs vertes et blanches et cette inscription : « À jamais les premiers ! » Je reconnais volontiers qu’elle a de l’allure. Seulement voilà : les carrosseries racontent l’histoire, les tableaux d’affichage racontent la soirée. Et celui du Palais des Sports a choisi son camp : Pau-Lacq-Orthez 85, Limoges 81. Pour le voyage du retour, le CSP conserve donc son slogan. Nous conservons la victoire.
Quatre points, et quelques battements de cœur en supplément
Ce dimanche, l’Élan a pris les commandes : 28–20 après le premier quart-temps, 52–39 à la pause. Son avance a même atteint dix-neuf points. De quoi commencer à regarder l’horloge avec un peu trop de tendresse, ce qui reste une mauvaise idée quand Limoges se trouve de l’autre côté du parquet. Le CSP est revenu, jusqu’à 81–79 dans la dernière minute. Pau a finalement tenu, 85–81, pour cette cinquième journée de Betclic Élite. Les comptes rendus de BeBasket et de Sport365 racontent bien cette victoire devenue beaucoup plus serrée que ne le laissait espérer la première période.
Je vais donc garder les grandes fanfaronnades pour une autre occasion. Quatre points autorisent une bonne plaisanterie ; ils n’autorisent pas à raconter une promenade. Limoges a rappelé que son maillot ne se contente pas de voyager. C’est aussi pour cela que battre cette équipe a un goût particulier : elle peut vous gâcher le dessert alors que vous avez déjà demandé le café.
Dans cette fin de match, l’expérience de Gregor Hrovat a pesé lourd : dix-neuf points et un panier précieux à 33,6 secondes du terme, pour porter le score à 81–74 avant l’ultime retour limougeaud. Justin Briggs a ajouté treize points et neuf rebonds, Fabio Milanese quatorze points. Voilà des contributions bien concrètes : la fierté du maillot a trouvé des bras pour l’accompagner. BeBasket détaille leurs apports.
L’Élan signe une deuxième victoire consécutive en championnat. Pour son retour dans l’élite, après trois saisons d’absence, il retrouve aussi cette affiche à part. Les retrouvailles se terminent du bon côté. Je n’exigeais pas davantage pour commencer la conversation. Sport365 revient sur ce retour du Classique.
Le Classico a commencé à Orthez, bien avant nos plaisanteries de parking
Pour comprendre Pau–Limoges, il faut d’abord prononcer Orthez. La première rencontre remonte au 14 octobre 1978, à la Moutète : l’Élan s’impose 113–80. La rivalité grandit surtout dans les années 1980, quand les deux clubs prennent de la place dans le basket français et européen. Limoges remporte la Coupe Korać en 1982 et 1983 ; Orthez lui succède en 1984. Ces repères sont retracés par Basket Europe dans son histoire du Classico.
Ce n’est donc pas une querelle de voisins que quelques kilomètres sépareraient mal. C’est une dispute pour le haut de l’affiche. Quand on se retrouve à briguer les mêmes trophées, l’autre finit par occuper beaucoup de place dans votre semaine. On apprend ses joueurs, on retient ses paniers, on se souvient particulièrement bien de ses coups de chance. Les siens, évidemment. Chez nous, cela s’appelle du talent.
La Moutète donne à cette histoire son accent d’origine : un marché couvert devenu salle de basket, une ville qui porte son club et Pierre Seillant à la tête de l’aventure. L’union avec Pau date de 1989 ; le Palais des Sports devient ensuite la grande maison paloise de l’Élan. Le changement d’adresse n’efface pas l’héritage orthézien, que rappelle l’histoire officielle du club. Le Classico transporte cette mémoire-là : du parquet, des tribunes, des noms que l’on continue à prononcer bien après leur dernier match.
Des finales pour fabriquer une mémoire commune
Il faut reconnaître aux deux camps une certaine application dans l’art de ne rien oublier. La finale de 1987 reste l’un des grands foyers de cette mémoire. La deuxième manche à la Moutète est marquée par une bagarre générale. La troisième offre une bien meilleure image à conserver : Frédéric Hufnagel inscrit les deux lancers francs qui donnent le titre à Orthez, 82–81. Pour comprendre la tension de cette série, la rétrospective d’Eurosport remet les épisodes en perspective.
Viennent d’autres finales : l’Élan bat Limoges pour le titre en 1992 puis en 1998 ; en 1993, c’est le CSP qui remporte leur série. Même les années plus difficiles n’ont pas entièrement désuni ces deux-là : en 2010, ils se retrouvent en finale de Pro B, gagnée par Pau 78–62 à Bercy. Le palmarès de l’Élan et le récit historique d’Eurosport permettent de suivre ces croisements.
Voilà ce qui fait durer une rivalité : chacun possède des souvenirs dont l’autre se passerait. Hufnagel, les Gadou et Fauthoux côté béarnais ; Dacoury, Ostrowski et tant d’autres côté limougeaud : les générations changent, les noms restent des mots de passe. Un parent explique à son enfant pourquoi ce match compte. L’enfant ne connaît pas encore toutes les dates, mais il sait déjà qu’une victoire contre Limoges mérite qu’on monte un peu le son.
BeBasket présente le rendez-vous de ce soir comme le 115e Classico. De quoi alimenter quelques conversations. À force de les raconter, certains matches finissent sans doute par compter double dans les mémoires.
« À jamais les premiers ! » : sur ce point, leur bus ne raconte pas de bêtises
La formule visible sur le car renvoie au grand titre européen du CSP. Le 15 avril 1993, à Athènes, Limoges bat le Benetton Trévise 59–55 et remporte la Coupe d’Europe des clubs champions, le sommet du basket européen. L’équipe de Božidar Maljković, avec notamment Richard Dacoury, Jim Bilba et Michael Young, entre dans une autre dimension. L’interception de Frédéric Forte devant Toni Kukoč, dans les dernières secondes, reste l’image décisive de cette finale. Le Parisien a recueilli les souvenirs des champions pour les trente ans du sacre.
Limoges devient ainsi le premier club français champion d’Europe dans la compétition reine du basket. Quelques semaines plus tard, l’OM gagnera à son tour la Coupe des champions en football. La devise a donc, à Limoges aussi, une vraie racine sportive. Il faut simplement distinguer ce titre suprême des autres coupes européennes : le basket français avait déjà remporté des Korać, à Limoges puis à Orthez. Le Béarn n’était pas resté à attendre qu’on lui explique où se trouvait l’Europe.
Je ne vais pas chipoter sur la grandeur de 1993 pour le plaisir de gagner une phrase. Ce serait une curieuse manière d’aimer le basket. Ce titre est immense. Il appartient au CSP, il appartient à ses supporters et aucune défaite à Pau ne le décollera de leur histoire. On peut seulement observer qu’un palmarès, aussi brillant soit-il, ne marque aucun panier à votre place un dimanche soir.
Bon retour, chers adversaires adorés
J’imagine maintenant le bus reprenant la route, son inscription toujours impeccable sur la carrosserie. Le slogan regarde l’éternité ; le petit tableau du soir indique 85–81. Les deux peuvent parfaitement voyager ensemble. Il faudra juste laisser un peu de place aux regrets dans la soute.
Nos amis limougeauds savent que cette taquinerie est à charge de revanche. Ils nous en ont offert assez, des soirées à refaire le match en regardant obstinément le fond du verre. Alors, ce soir, je prends ma part. Sans casser la porcelaine : elle peut resservir au prochain Classico.
À jamais les premiers ? D’accord. Mais pour rentrer de Pau ce soir, vous passerez derrière.
Pour prolonger le match
Les liens au fil du texte donnent accès aux comptes rendus du match et aux récits historiques. La photographie du bus avant la rencontre a été transmise par Franck ; Pèir en imagine le retour.
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